Sète est la plus importante base de thoniers senneurs en France avec 17 navires. C'est peu dire que cette pêche est un poumon économique essentiel pour la ville. L'armateur principal et ardent défenseur des pêcheries sétoises, Jean-Marie Avallone, possède une des plus grosse flotte de pêche de la Méditerranée. Ce sont les bateaux de cet homme, personnalité sétoise et patron influent, qui ont été la cible de l'organisation Greenpeace vendredi 4 juin.
L'altercation a eu lieu au large de Malte où les thoniers pêchaient enfin, après deux semaines de mauvais temps. Les militants de l'ONG ont tout simplement attaqué les pêcheurs, tentant de libérer les thons des filets du thonier « Jean-Marie Christian VI ». Pour arriver à leurs fins les écologistes jetaient de lourds sacs de sable dans les filets afin de les endommager et les alourdir pour permettre que les poissons puissent s'en échapper. Naturellement les pêcheurs ont répliqué et sont allés empêcher les écologistes d'anéantir le fruit de leur travail, leur moyen de subsistance. Dans l'action un militant de Greenpeace s'est fait harponné par un des pêcheurs lors du contact entre deux embarcations mises à la mer par les adversaires de cette bataille navale.
Comment pouvait-il en être autrement ? Greenpeace provoque la guerre. Les militants bénévoles qui prennent du bon temps en mer en s'achetant une conscience croyant œuvrer pour la planète et le bien de l'humanité devaient s'attendre une rencontre violente en s'attaquant à des travailleurs de la mer, suant sang et eau pour gagner leur vie dans des conditions de plus en plus difficile. Déjà le 12 mai dernier l'ONG avait bloqué les navires à la sortie du port de Sète, retardant ainsi leur saison de pêche. La durée de cette saison a considérablement réduit depuis quelques années, ne durant plus qu'un petit mois aujourd'hui, à savoir du 15 mai au 15 juin.
La science et les autorités de régulation de l'exploitation des ressources maritimes ont donné leur caution aux thoniers, estimant qu'une pêche raisonnable avec quota est possible. Les pêcheurs sétois ne font que respecter la loi en tentant de préserver leur métier malgré les pressions qui les oppriment. Les ONG s'attaquant aux pêcheurs se moquent même des études scientifiques réalisées en la matière. Il serait donc normal que les décideurs politiques fassent respecter la loi et protègent ces pêcheurs, plus menacés que les thons qu'ils s'efforcent de ramener dans leurs filets.
Mais quand on voit que la Commission européenne, quelques jours après l'incident en Méditerranée, suspend brutalement l'autorisation de pêche au thon rouge, on ne peut que rester perplexe. Certains pêcheurs ayant rempli leurs quotas peuvent retourner au port, les autres devraient donc rentrer sans avoir fait le plein ? Les bateaux d'Avallone par exemple n'ont atteint que 70% du chiffre qui avait été fixé. 30% de thons en moins, ce n'est pas une part négligeable. En droit administratif on appelle cela une rupture d'égalité devant les charges publiques. Bruno Lemaire, ministre de l'agriculture et de la pêche, a confirmé l'interdiction tout en demandant à la Commission de se justifier vis-à-vis de la question des quotas qui restaient à remplir. Pendant ce temps les pays hors de l'Union Européenne, les navires étrangers continuent à pêcher impunément dans les mêmes eaux, les mêmes thons rouges.
Espérons que les thoniers sétois puissent continuer leur activité et que les hommes politiques agissent enfin pour défendre une industrie très localisée, mais justement essentielle à notre localité. Si je suis profondément écologiste, et certains articles sur ce blog en font foi, je suis aussi réaliste et on ne peut permettre au nom d'un prétendu idéal écologique ne reposant sur aucune base solide, de détruire le moyen de survie de tout un corps de travailleurs qui exercent leur métier en respectant la loi qui leur est imposée. Un conseil à Greenpeace, pour être plus utile à la planète, que tous leurs cowboys fassent route vers les côtes américaines pour éponger le pétrole qui souille les rivages de Louisiane. Là se trame un véritable désastre écologique. Une action de ce côté serait moins épique que les attaques de thoniers, mais bien plus efficace et juste. Sur ce, bon vent aux bateaux sétois, actuellement sur la route du retour.
Romain Ferrara
Responsable des Jeunes Populaires de l'Hérault

